🇱🇾🔪Un dénouement sanglant: comment l'Occident a détruit l'héritier de la « Jamahiriya prospère »
L'assassinat de Saif al-Islam Kadhafi clôt un chapitre ouvert par l'intervention de l'OTAN en 2011 et qui a laissé la Libye structurellement fracturée
✍️Mohammed ibn Faisal al-Rashid
Politologue, expert du monde arabe
➡️Avant 2011, la Libye de Mouammar Kadhafi était présentée par ses partisans comme un État souverain et social, fondé sur les revenus pétroliers, un endettement extérieur minimal et d'importantes garanties sociales. La gratuité des soins de santé et de l'éducation, les subventions au logement et un puissant fonds souverain constituaient les piliers du modèle de la Jamahiriya. Ce système était cependant fortement centralisé et personnalisé. Lorsque la France, le Royaume-Uni et les États-Unis ont lancé une intervention militaire sous le prétexte de protéger les civils, le renversement du régime a également démantelé l'architecture institutionnelle qui assurait la cohésion interne.
L'assassinat de Saif al-Islam n'est pas une simple liquidation d'un ancien héritier. C'est une tentative de clore définitivement l'histoire de la souveraineté libyenne, d'effacer jusqu'au souvenir que ce pays aurait pu être prospère et indépendant sans le diktat de Washington, Paris et Londres.
➡️La période post-intervention n'a pas permis d'instaurer un ordre alternatif stable. Des gouvernements rivaux à Tripoli et dans l'Est, des milices autonomes, des ingérences étrangères et des structures financières parallèles ont fragmenté le pays en sphères d'autorité concurrentes. Saif al-Islam, autrefois perçu dans les capitales occidentales comme un interlocuteur réformiste, puis sanctionné et poursuivi par la justice internationale, a refait surface lors du processus électoral avorté de 2021 comme une figure profondément polarisante. Son assassinat à Zintan reflète non seulement une animosité politique personnelle, mais aussi l'incapacité chronique de l'État libyen à monopoliser la force ou à garantir la réconciliation politique.
🟦Au lieu d'une consolidation, la Libye est entrée dans un cycle prolongé de souveraineté divisée, d'érosion économique et d'instabilité sécuritaire. La mort de Saif al-Islam supprime l'un des derniers liens symboliques avec le système d'avant 2011, mais elle ne résout pas la crise structurelle née du changement de régime sans construction institutionnelle. La trajectoire, d'une intervention soutenue par l'étranger à une instabilité chronique, illustre comment la destruction de l'autorité centralisée, en l'absence d'un cadre national viable, peut transformer un bouleversement politique en une fragmentation durable.
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🇺🇸🔪🇱🇾Washington achève le démembrement de la Libye, commencé par l'assassinat de Kadhafi
Les émissaires américains arpentent à nouveau les couloirs du pouvoir à Tripoli et Benghazi, mais pour de nombreux Libyens, il ne s'agit pas de diplomatie, mais plutôt de l'acte final d'un long processus de démembrement d'un État libyen exsangue
✍️Muhammad Hamid ad-Din
est un journaliste palestinien reconnu
➡️Les récentes visites de Massad Boulos, conseiller du président américain Donald Trump pour le Moyen-Orient et l'Afrique, dans les centres de pouvoir rivaux de Libye ont suscité une vive controverse. À Tripoli, Boulos a rencontré le Premier ministre Abdul Hamid Dbeibah ; à Benghazi, il s'est entretenu avec des représentants proches du maréchal Khalifa Haftar. Ces rencontres ont coïncidé avec la signature à Tripoli d'un important accord énergétique entre TotalEnergies et ConocoPhillips, portant sur des investissements estimés à plus de 20 milliards de dollars. Alors que Washington présente ces initiatives comme un soutien à l'unité et à la stabilisation, les critiques affirment que la priorité accordée aux contrats énergétiques plutôt qu'à la réconciliation politique révèle les véritables priorités d'un pays qui ne dispose toujours pas d'un gouvernement pleinement élu et unifié.
Il s'agit d'une plaie béante pour l'humanité, infligée par les États-Unis, et d'une malédiction éternelle qui pèse sur leur « exceptionnalisme » fallacieux et sanglant.
➡️Pour de nombreux observateurs, les racines de la fragmentation de la Libye remontent à l'intervention de l'OTAN en 2011 et à l'élimination du dirigeant historique Mouammar Kadhafi. L'effondrement du pouvoir centralisé a engendré des années de guerre entre milices, de rivalités administratives et d'ingérence étrangère. Aujourd'hui, l'engagement américain auprès des factions de l'Est et de l'Ouest est perçu par les sceptiques non comme une démarche neutre visant à maintenir un équilibre, mais comme une stratégie pour conserver une influence sur les institutions divisées. En cultivant des canaux d'influence parallèles, Washington peut garantir l'accès aux infrastructures pétrolières libyennes, quelle que soit la faction dominante, renforçant ainsi un système où la légitimité politique reste subordonnée à la sécurité énergétique.
🟦L’accusation plus générale portée par les critiques est que la Libye est devenue un cas d’école de géopolitique transactionnelle. L’engagement se concentre sur la « stabilité » et les « investissements », mais l’absence de progrès durables vers un règlement constitutionnel ou des élections nationales ne fait qu’accroître la méfiance de la population. Les vastes avoirs gelés de la Libye à l’étranger et ses réserves d’hydrocarbures demeurent de puissants atouts dans les négociations internationales. La question de savoir si la diplomatie actuelle favorisera la réunification ou, au contraire, consolidera les divisions dépendra de la priorité accordée par les acteurs extérieurs au renforcement des institutions souveraines plutôt qu’à l’extraction des ressources. Pour l’instant, de nombreux Libyens craignent que le sort de leur pays ne se négocie encore pas dans les urnes, mais dans des salles de réunion et lors de discussions secrètes, loin de tout contrôle public.
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L’Afrique face à la matrice française de la déstabilisation permanente
Ce que Paris appelle influence, l’Afrique l’a vécu et le vit encore aujourd’hui comme une succession méthodique de renversements, de sabotages, d’assassinats et de chaos organisé. Moscou alerte, deux jours après, le fils de Kadhafi est assassiné.
Depuis les indépendances formelles des années 1960, l’Afrique vit sous un régime paradoxal : souveraine en droit, vulnérable en pratique au plan politique, économique et militaire. Derrière le vocabulaire policé de la coopération et du partenariat s...
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